Le droit français répare un corps blessé en cherchant un responsable. Retirez le
responsable — une chute chez vous, un accident de bricolage, une blessure au sport — et
il ne reste plus rien à réclamer à personne. La garantie des accidents de la vie assure
ce trou-là, et rien d'autre.
★★★★★4,8/5 — 297 avis Google25 ans de dossiers suivis à Marseille2 agences à Marseille
Le droit de la réparation du dommage corporel ne raisonne pas à partir de la victime. Il
raisonne à partir du responsable. Quatre voies existent en France pour
obtenir réparation d'un corps abîmé, et chacune suppose que quelqu'un — ou quelque chose
— soit en face.
Situation
Qui indemnise
Un tiers a commis une faute ou avait la garde d'une chose
Sa responsabilité civile, donc son assureur
Accident de la circulation
Le régime de la loi du 5 juillet 1985
Accident du travail ou maladie professionnelle
La législation professionnelle, de façon forfaitaire
Aléa thérapeutique grave, sans faute du praticien
La solidarité nationale, par l'ONIAM
Accident de la vie privée, sans tiers
Personne
La dernière ligne n'est pas un oubli du législateur, c'est la conséquence logique des
quatre premières. Sans responsable, il n'y a pas de créance à faire valoir. Vous tombez
d'un escabeau chez vous : il n'existe personne à qui présenter la note.
Ce que l'Assurance maladie fait, et ce qu'elle ne fait pas. Elle
rembourse des dépenses de santé et verse, aux salariés, des indemnités
journalières. Elle n'a jamais eu pour objet de réparer un préjudice : ni les
souffrances endurées, ni le préjudice esthétique, ni la perte de qualité de vie, ni le
coût d'une aide devenue nécessaire à domicile. Ces postes-là n'existent que dans une
indemnisation en droit commun.
C'est ce vide que la garantie des accidents de la vie occupe, et il faut le dire aussi
dans l'autre sens : elle ne sert à rien quand un responsable existe. Ce
n'est pas une assurance de plus posée sur les autres, c'est celle qui prend le relais là
où les autres s'arrêtent.
Indemniser comme si quelqu'un était responsable
Voici la caractéristique qui sépare ce contrat de tous ses voisins, et qui n'apparaît
presque jamais dans les documents commerciaux : la garantie des accidents de la vie
indemnise en droit commun.
Cela veut dire qu'elle ne verse pas une somme convenue d'avance. Elle reconstitue,
poste par poste, ce qu'un tribunal vous aurait alloué si un responsable avait existé.
L'évaluation suit la même grille que celle utilisée devant les juridictions, la
nomenclature de référence des postes de préjudice — connue sous le nom de son
rapporteur, la nomenclature Dintilhac. Elle distingue notamment :
Les pertes de revenus, pendant l'incapacité et, si les séquelles
durent, pour l'avenir — y compris l'incidence sur la carrière.
Les frais restés à charge : ce que la Sécurité sociale et la
complémentaire n'ont pas pris, l'appareillage, l'adaptation du logement ou du véhicule.
L'assistance par une tierce personne, temporaire ou définitive. C'est
le poste le plus lourd des dossiers graves, et le plus souvent absent des contrats
forfaitaires.
Les préjudices personnels : souffrances endurées, préjudice
esthétique, préjudice d'agrément — l'activité de loisir qu'on ne peut plus pratiquer —,
préjudice sexuel, préjudice d'établissement.
C'est le critère à vérifier avant tout autre. Un contrat qui annonce un
capital « en cas d'invalidité » sans mentionner l'indemnisation en droit commun est une
individuelle accident, quel que soit son nom commercial. Les deux se vendent au même
rayon et n'ont pas le même objet : l'un verse un forfait, l'autre répare un préjudice.
La différence ne se voit qu'au moment où elle coûte cher.
Le taux d'AIPP, le chiffre qui décide de tout
Comme la protection juridique a son seuil d'intervention, la garantie des accidents de la
vie a le sien : le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique et
psychique, en abrégé AIPP. C'est le pourcentage de séquelles définitives en
dessous duquel le contrat ne joue pas.
Ce seuil est fixé aux conditions particulières et varie fortement d'un contrat à l'autre.
Il décide de bien plus de dossiers que le plafond d'indemnisation, pour une raison
arithmétique simple : les atteintes lourdes sont rares, les atteintes moyennes ne le sont
pas. Un seuil bas fait entrer dans la garantie des séquelles qu'un seuil haut laisse
dehors — une main qui ne se referme plus complètement, une gêne durable après une
fracture, une perte partielle d'odorat.
Nous ne publions pas ce chiffre. Il n'en existe pas un seul, il varie du
simple au multiple selon les contrats, et un pourcentage affiché ici serait faux pour la
moitié des lecteurs — faux au pire moment, celui où quelqu'un renonce à nous appeler parce
qu'il a lu qu'il n'était pas concerné. Le seul taux qui compte est celui de vos conditions
particulières, et il se lit avant l'accident.
Deux réflexes en découlent, et ils valent chez tous les assureurs : lire le seuil
avant le plafond, et vérifier selon quel barème médical le taux
sera évalué, car deux barèmes ne donnent pas le même résultat sur la même séquelle.
Qui est assuré, et la définition du foyer
Un contrat de ce type se souscrit rarement pour une personne seule : il se souscrit pour
un foyer. Or « le foyer » n'est pas une évidence, c'est une clause — et c'est le point
que nous corrigeons le plus souvent quand nous relisons un contrat existant.
Le conjoint, le partenaire de PACS, le concubin. Les trois ne sont pas
toujours traités de la même manière, et le concubinage suppose parfois une déclaration.
Les enfants mineurs, presque toujours inclus — mais la garde alternée
et l'enfant d'une précédente union demandent une rédaction explicite.
Les enfants majeurs, dont la couverture dépend en général du
rattachement fiscal ou de la poursuite d'études, avec une limite d'âge. Un étudiant
marseillais parti étudier ailleurs sort parfois du contrat sans que personne ne s'en
aperçoive.
Les ascendants hébergés, qui ne sont presque jamais couverts d'office
alors que ce sont eux qui chutent le plus.
Une limite d'âge existe presque toujours à la souscription et parfois à la
garantie. C'est une donnée à connaître tôt : un contrat pris à cinquante ans se
souscrit sans difficulté, le même à soixante-quinze ne se souscrit plus partout. Sur ce
sujet comme sur l'assurance vie, c'est le calendrier qui commande.
Ce qui compte comme accident
La garantie porte sur un accident, c'est-à-dire un événement soudain et
extérieur. Cette définition, qui a l'air d'une formalité, produit deux conséquences très
concrètes.
La première est une exclusion de construction : la maladie n'est jamais
couverte. Elle ne survient pas, elle s'installe. Ce n'est pas une restriction que
l'assureur choisit, c'est le contraire même de la définition. Une maladie relève de
l'Assurance maladie pour les soins, d'une
complémentaire
santé pour ce qui reste à charge, et d'un contrat de prévoyance pour la perte de
revenu.
La seconde est plus surprenante, et elle joue en votre faveur : les contrats du marché
couvrent en général bien plus que l'accident domestique. Y figurent le plus souvent les
agressions, les attentats, les
catastrophes naturelles et technologiques, et les
accidents médicaux — y compris ceux qui n'atteignent pas le seuil de
gravité au-delà duquel la solidarité nationale intervient. Un contrat dit « de la vie
courante » couvre donc des événements qui n'ont rien de courant.
Restent des exclusions classiques, à lire une fois : la pratique de certains sports, la
participation à des compétitions, les états consécutifs à une consommation d'alcool ou de
stupéfiants, les faits volontaires. Aucune n'est une surprise ; toutes se vérifient avant.
L'expertise médicale et la consolidation
Ce contrat ne se règle pas sur pièces. Il se règle sur un examen médical,
et c'est là que se joue le montant final — bien plus que dans la brochure.
Un médecin mandaté par l'assureur évalue vos séquelles. Mais il ne peut le faire
utilement qu'à partir du moment où votre état est stabilisé, où il n'évolue plus ni en
bien ni en mal : c'est la consolidation. Sur une atteinte sérieuse, elle
arrive des mois, parfois des années après l'accident. Tant qu'elle n'est pas acquise, les
postes définitifs ne se calculent pas — des provisions peuvent en revanche être versées,
notamment quand un aménagement du logement ne peut pas attendre.
Vous pouvez vous faire assister, et vous devriez. Un médecin-conseil de
victime prépare l'examen avec vous, discute les taux retenus et vérifie qu'aucun poste
n'a été omis — la tierce personne et le préjudice d'agrément sont les deux plus souvent
oubliés. Certains contrats prennent ses honoraires en charge : c'est une ligne qui pèse
davantage sur le résultat que bien des garanties mises en avant à la vente.
Trois contrats qu'on confond en permanence
Trois produits parlent du corps, se vendent souvent ensemble et répondent à trois
questions différentes. Les confondre conduit soit à payer deux fois, soit à découvrir un
trou au mauvais moment.
Accidents de la vie
Individuelle accident
Prévoyance
Question posée
Qui répare mon corps ?
Combien je touche ?
De quoi je vis ?
Mode de calcul
Droit commun, poste par poste
Forfait convenu d'avance
Fraction du revenu assuré
Déclencheur
Accident de la vie privée
Accident, selon le contrat
Arrêt de travail, invalidité, décès
Couvre la maladie
Non
Non
Oui
La colonne de droite explique pourquoi un indépendant a souvent besoin de deux contrats
et non d'un : la prévoyance remplace le revenu qu'il ne gagne plus, elle ne répare pas les
séquelles. Ce sujet-là est traité sur notre page
prévoyance des travailleurs
non salariés.
Ce qui fait varier le coût
Nous ne publions pas de tarif : deux contrats portant le même nom peuvent avoir des
périmètres sans rapport, et une fourchette affichée n'apprendrait rien. Ce qui pèse
réellement :
le seuil d'AIPP retenu, qui décide du nombre de dossiers réellement
indemnisés ;
le plafond d'indemnisation, et le fait qu'il s'applique par victime ou
par événement ;
la composition du foyer assuré et les limites d'âge retenues ;
le barème médical d'évaluation des séquelles, et la prise en charge ou
non d'un médecin-conseil de victime ;
l'étendue territoriale et la durée de couverture des séjours à
l'étranger.
Ces éléments ne se comparent qu'ensemble. Un contrat moins cher dont le seuil est deux
fois plus haut n'est pas moins cher : il est moins souvent utile.
FAQ — 12 questions sur la garantie des accidents de la vie
À quoi sert une garantie des accidents de la vie ?
À indemniser un dommage corporel quand personne n'en est responsable. Le droit français répare le corps par la responsabilité d'un tiers : s'il n'y a pas de tiers, il n'y a pas de réparation. Une chute dans un escalier, une brûlure en cuisinant, un accident de bricolage ou de sport ne relèvent d'aucun régime d'indemnisation. La Sécurité sociale rembourse des soins ; elle ne répare pas un préjudice.
La Sécurité sociale ne couvre-t-elle pas déjà cela ?
Elle couvre autre chose. L'Assurance maladie prend en charge des dépenses de santé — consultations, hospitalisation, matériel — et verse des indemnités journalières si vous êtes salarié en arrêt. Elle n'indemnise ni les souffrances endurées, ni le préjudice esthétique, ni la perte de qualité de vie, ni le coût d'une aide à domicile devenue nécessaire. Ce sont exactement les postes que répare une indemnisation en droit commun.
Quelle différence avec une individuelle accident ?
Le mode de calcul, et il change tout. Une individuelle accident verse un forfait convenu d'avance, souvent proportionnel à un taux d'invalidité. Une garantie des accidents de la vie indemnise en droit commun : elle reconstitue poste par poste ce qu'un tribunal aurait alloué si quelqu'un avait été responsable. Deux contrats du même prix, deux logiques sans rapport.
Qu'est-ce que le seuil d'AIPP ?
C'est le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique et psychique en dessous duquel le contrat ne joue pas. Il est fixé aux conditions particulières et il varie fortement d'un contrat à l'autre. C'est le premier chiffre à lire, avant le plafond : le plafond ne sert que dans les dossiers les plus graves, le seuil décide de tous les autres. Nous ne le publions pas, nous le lisons sur votre contrat.
Un accident de voiture entre-t-il dans la garantie ?
En principe non, parce qu'il relève déjà d'un régime propre : la loi du 5 juillet 1985 indemnise les victimes d'accidents de la circulation, y compris souvent le conducteur. Le sujet des blessures du conducteur responsable se traite dans le contrat auto, par la garantie de protection du conducteur, dont le plafond mérite d'être lu avant de signer.
Et un accident survenu au travail ?
Il relève de la législation des accidents du travail et des maladies professionnelles, qui est un régime distinct et forfaitaire. La garantie des accidents de la vie couvre la vie privée : domicile, loisirs, sport, vacances, trajets personnels. Un indépendant a par ailleurs un sujet propre, celui du remplacement de son revenu, qui se traite par un contrat de prévoyance.
La maladie est-elle couverte ?
Non, et c'est une exclusion de construction et non une restriction commerciale. La garantie porte sur un accident, c'est-à-dire un événement soudain et extérieur. Une maladie s'installe : elle relève de l'Assurance maladie, d'une complémentaire santé pour les frais, et d'un contrat de prévoyance pour la perte de revenu. Aucune garantie accidents de la vie du marché ne couvre la maladie.
Mes enfants sont-ils assurés ?
Cela dépend de la définition du foyer écrite au contrat, et c'est le point que nous corrigeons le plus souvent. Un enfant majeur étudiant, un enfant en garde alternée, un enfant d'un précédent mariage vivant une partie du temps chez vous : chacun de ces cas doit être prévu par la clause, faute de quoi il ne l'est pas. Cela se vérifie en une lecture, et jamais après l'accident.
Que se passe-t-il concrètement après un accident ?
Une expertise médicale évalue vos séquelles. Elle n'a lieu utilement qu'une fois votre état stabilisé — c'est ce qu'on appelle la consolidation, et elle peut prendre des mois ou des années sur une atteinte lourde. C'est à partir de cette date que les postes de préjudice se calculent. Des provisions peuvent être versées avant, notamment quand des aménagements sont urgents.
Puis-je me faire assister lors de l'expertise ?
Oui, et c'est vivement conseillé sur une atteinte sérieuse. Un médecin-conseil de victime relit le rapport, discute les taux retenus et vérifie qu'aucun poste n'a été oublié. Certains contrats en prennent les honoraires en charge : c'est une clause à regarder, parce qu'elle pèse plus lourd sur le résultat final que bien des garanties mises en avant.
Les attentats et les catastrophes naturelles sont-ils compris ?
Dans la plupart des contrats du marché, oui : attentats, agressions, catastrophes naturelles et technologiques, et accidents médicaux figurent parmi les événements couverts. C'est contre-intuitif pour un contrat dit « de la vie courante », et cela mérite d'être vérifié ligne à ligne sur le vôtre plutôt que supposé.
Faut-il un contrat si j'ai déjà une prévoyance ?
Les deux ne font pas le même travail. Une prévoyance remplace un revenu que vous ne gagnez plus : elle regarde votre feuille de paie. Une garantie des accidents de la vie répare un corps : elle regarde vos séquelles. Un indépendant gravement blessé chez lui a besoin des deux, et il n'est pas rare qu'il n'ait ni l'une ni l'autre. Nous partons toujours de ce que vous avez déjà.
Deux lignes à vérifier sur votre contrat
Le seuil d'AIPP, et la définition du foyer assuré. Ces deux lignes décident de presque
tout, elles tiennent en quelques mots dans vos conditions particulières, et elles ne se
lisent jamais au bon moment. Apportez votre contrat, même s'il n'est pas chez nous :
la lecture prend dix minutes et ne vous engage à rien.
Un accident vient d'avoir lieu ? Déclarez-le sans attendre la
consolidation : c'est la déclaration qui ouvre le dossier, pas l'évaluation des
séquelles. Et ne vous rendez pas seul à l'expertise médicale si l'atteinte est
sérieuse — c'est le moment où se décide l'essentiel, et le seul qui ne se rattrape pas.
Vous lisez cette page parce que le sujet vous concerne. Dites-nous où vous en êtes : l'agence Allianz Nogaro & Boetti vous rappelle sous un jour ouvré, sans engagement, et part de votre situation réelle plutôt que d'une case cochée en ligne.